au depart d’Ulan Ude, notre derniere etape au pays de Poutine et des matriochkas, nous disons au revoir a Zoric qui nous a accueillis chez lui avec beaucoup de simplicite et de sympathie, nous bercant des ses notes de guitare. sur la route, les forets denses ont disparu pour ceder la place a des montagnes moins abruptes, des collines arrondies au vert quelque peu desseche par l’ete sec et ensoleille. l’espace s’est encore elargi, au-dessus de nos tetes l’immensite du ciel se devoile petit a petit. on apercoit deja des troupeaux de chevaux galopant en liberte. la Mongolie n’est plus tres loin …

l’escale de ce soir est une premiere pour nous. nous nous arretons dans un monastere a une bonne 40aine de km d’Ulan Ude, centre du boudhisme siberien et sommes invites a passer la nuit sous une yourte qui sert quotidiennement de cafe pour les visiteurs de passage. l’espace est tres chaleureux, le sol recouvert de tapis nosu permettant d’y poser nos matelas; meme les velos auront droit d’y dormir tant c’est spacieux. la petite cerise sur le gateau, c’est le chien qui se poste devant la porte et chasse les rodeurs …

il est temps pour nous d’entamer la phase definitive de l’adaptation mentale a quitter ce pays que nous avons tant aime. presque plus en Russie, pas encore en Mongolie … les quelques 300 km qui nous separent de la frontiere representent pour nous comme un espace de no man’s land ou nous vivons des sensations parfois etranges. c’est une autre Russie que nous decouvrons ici, les paysages ont change, et les facies sont deja types mongoles. nous privilegions les nuits sous la tente, sentant les villages moins accueillants, souvent eteints, nos quelques rencontres ne nous menant pas jusque chez elles; nous nous retrouvons entre nous pour cette etape du voyage.

mardi 21 aout, nous arrivons a Kyakhta, ville frontiere aux allures de garnison. nous passons a cote de casernes militaires et de nos selles on apercoit des equipements et des infrastructures tels que nous nous demandons si une guerre se prepare entre les 2 voisins. beaucoup d’uniformes dans les rues, des douaniers, des policiers, des militaires. nous voulons passer la frontiere le lendemain matin; l’endroit ne nous inspire pas pour y planter la tente, beaucoup de barbeles, des terrains militaires, les villes frontieres sont souvent des endroits particuliers. nous nous resignons a prendre une chambre a l’hotel du coin.

un controle de routine nous fait rencontrer l’agent responsable de la verification des passeports des etrangers. quelques bribes des conversations tenues avec nos rudiments de Russe …

– combien de temps avez-vous passe en Russie ? plus de 11 mois

– ou sont vos tempons d’enregistrement ? la

– mais en tant de temps vous n’avez qu’un seul tampon ? nous avons ete enregistres pour une periode de 6 mois cet hiver. l’officier qui s’en est charge nous a confirme que l’enregistrement a ete fait de maniere informatique et que nous n’avions desormais plus besoin de tampon.

– pourquoi vous n’avez pas de tampon ? parce que nous sommes enregistres par ordinateur. voici les coordonnees de la personne qui s’est occupee de nous enregistrer, vous pouvez l’appeler.

– donnez-moi alors votre telephone nous n’en avons pas.

– alors je ne peux l’appeler, ca coute trop cher mais vous avez un telephone dans votre bureau, pourquoi ne pas l’utiliser ?

– ce n’est pas mon travail  

elle revient plus tard avec un formulaire en Russe en nous expliquant que nous devons payer une amende de 2000 roubles (environ 60 euros) chacun. nous demandons a pouvoir avoir un interprete, une personne qui parle anglais pour que nous puissions nous exprimer pleinement et surtout nous assurer du contenu de ce maudit papier, ne pas signer n’importe quoi. nous recommencons nos explications. l’agent nous dit ne pas disposer de cette base de donnees … vive le progres !!! mais puisque nous n’avons pas LE tampon attestant de notre enregistrement, c’est tant pis pour nous, meme si nous ne sommes pas responsables de ces incoherences dans le systeme.

mais notre etoile ne nous a pas laches ;c)) l’agent, qui au fond d’elle-meme a bien saisi que nous sommes de bonne foi mais doit faire preuve de son autorite sur nous, nous demande si nous comptons revenir en Russie, ce que nous confirmons bien sur et nous dit alors que nous paierons la prochaine fois, oui oui nous repasserons par cette frontiere …

le lendemain, nous arrivons a 9h30 devant les grilles de la frontiere, toujours incertains quant a la possibilite de passer la frontiere a velo (les pietons n’ont pas le droit de passer la frontiere, ils doivent etre dans un vehicule, va-t-en savoir pourquoi, grand mystere que nous n’avons toujours pas elucide). 3 files, pour les voitures, les camions et les petites camionnettes, pas de file pour les velos (ben ca alors !!!); nous choisissons celle des voitures. et c’est parti pour quelques heures d’attente. le personnel arrive 1 heure apres l’heure d’ouverture officielle de la frontiere et laisse passer les camionnettes au compte-goutte, puis c’est au tour des voitures, une par une. vient notre tour, nous nous trouvons en premiere ligne, devant la grande grille, la porte Sesame vers la Mongolie. nos coeurs battent … passera ou passera pas ??? la grille s’ouvre, l’officier nous fait signe de rentrer, youpie, mais tout n’est pas joue, il nous manque THE tampon, le papier que l’agent nous a redige va-t-il nous preserver de reprimandes supplementaires ?

premiere poste, controle douanier, le mec est cool, il ne nous fera ouvrir qu’un sac de remorque et 2 fontes. on a de la tisane en vrac dans un sachet (artisanale, cueillie dans les pres et sechee au soleil), il nous demande si c’est du cannabis !!! il n’a pas du en voir souvent meme si ca pousse partout sur les bords de route … deuxieme poste, une femme avec le sourire monte a l’envers, oups en fait elle ne doit pas avoir le droit de sourire, drilee a montrer les crocs et a etre la plus desagreable possible. on confirme bien que nous paierons l’amende au retour (on compte bien sur l’inefficacite du systeme !!!). c’est bon, on passe …

reste la frontiere mongole, et la c’est la relache: nous sommes accueillis avec des sourires, les douaniers nous apprennent a dire bonjour en Mongole, nous sommes dans un autre pays. une demi-journee plus tard, we made it !!! il parait qu’il faut compter une journee pour passer la frontiere avec la Chine …

nous ne tardons pas pour nous eloigner de la zone frontaliere, nous n’aimons pas ces zones, souvent sales, peu agreables, reperes de toutes sortes de trafics, et surtout nous avons hate de penetrer dans le pays. un ami de Dom nous a vivement recommande d’aller rendre visite a une de ses amies Mongoles, il est 14h30 et nous avons encore une bonne 40aine de km a parcourir pour arriver chez elle. deja nous apercevons des taches blanches dans le fond du paysage: les fameuses yourtes de Mongolie … autour de nous les dernieres montagnes du sud de la Siberie dont nous nous eloignons sous un ciel gris et terne.

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nous nous sentons emplis de joie d’etre en Mongolie, nous volons sur nos bicyclettes. nous arrivons a Shamar devant la maison d’Altan et sa famille bien a temps mais elle n’est pas encore rentree. nous rencontrons son fils qui nous fait rentrer chez eux, nous ressentons deja les difficultes de la langue et ne comprenons pas un mot a ce qu’il nous dit. oups, nous avions oublie ces sensations de frustrations liees a la langue …

Altan rentre bien plus tard, et nous accueille chez elle avec une incroyable aisance, juste en mentionnant le prenom de son ami francais. elle est fiere de parler une langue qu’elle qualifie d’internationale, un melange de russe, d’anglais, de francais et de mongole, et se fait bien comprendre. nous sommes tout de meme rassures de parler russe qu’elle maitrise mieux et d’ainsi pouvoir aussi communiquer avec son mari. nous lui demandons si l’on peut passer la journee du lendemain chez eux, sentant le besoin de nous poser en Mongolie, de nous sentir dans ce pays. et c’etait un excellent choix car il a plu a torrent toute la journee … une journee ideale pour bavarder avec nos hotes justement en conge et faire connaissance. nous avons passe un agreable moment en leur compagnie, merci Olivier de nous avoir indique le chemin jusque chez eux.

de retour sur nos selles, nous nous rendons compte que nous n’avons pas assez de provisions avec nous, habitues a la Russie ou il est tellement facile de trouver des epiceries bien approvisionnees et de l’eau. en Mongolie, les rares villages sont beaucoup plus eloignes et les sources d’eau moins presentes, nous devons prendre l’habitude de prevoir au moins 2 jours a l’avance. heureusement Altan a quelques ressources et nous pouvons acheter quelques produits locaux.

c’est parti, il fait superbe. nous nous eloignons un peu plus des paysages encore proches de ceux de la Siberie, les montagnes deviennent des collines verdoyantes sur lesquelles paturent librement d’immenses troupeaux de vaches, de moutons ou de chevres. nous voyons les chevaux courir en liberte, rencontrons 2 jeunes qui font transhumer leurs troupeaux vers un nouveau campement; ils transportent les quelques affaires dont ils ont besoin a dos de chameau.

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meme si nous suivons l’axe principal nord-sud vers Oulaan Baator, nous nous regalons deja de ces superbes paysages, de l’immensite des terres, vierges de constructions, du beau ciel bleu. le soir, nous montons notre campement a proximite des yourtes, laissant ainsi les nomades libres de choisir le moment de la rencontre, nous ne voulons pas interrompre le cours de leurs travaux souvent vitaux.

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curieux de voir aparaitre dans leur horizon une yourte a l’allure inhabituelle, ils viennent facilement a notre rencontre, pour discuter, ou pour simplement s’asseoir pres de nous, en silence. ils n’hesitent pas a nous inviter a visiter leur yourte et a nous faire gouter leurs specialites.
notre bilan: l’airag ou le lait de jument fermente on a pas aime du tout, c’est aigre et acide. le fromage seche dur comme de la pierre n’avait pas de gout, la creme etait bonne et le the au lait est sale et n’a de the que le nom, c’est juste de l’eau et du lait.

ces rencontres sont aussi l’occasion d’echange de provisions, pour nous du lait pour eux des concombres ou des tomates du stock que nous nous sommes constitue avec tous les cadeaux recus, des denrees precieuses pour les familles qui ne les cultivent pas.

nous craignions les chiens de Mongolie, dresse a garder les troupeaux et repites pour detester les cyclistes. nous n’avons pas encore du tester notre kit de suture, ouf !!! paradoxalement nous avons trouve ces chiens tres timores. ils s’approchent de nous, curieux egalement, nos tentons de les caresser mais bien souvent ils se sauvent. nous les aimons bien ces chiens, ils sont beaux, bien nourris et en liberte comme tous les animaux dans ce pays.

la route est belle; la Mongolie etant un des plus hauts pays du monde, il nous faut passer quelques cols. sur la route, plutot que de nous klaxonner comme en Russie (ce qui nous fait sursauter sur nos selles), les automobilistes nous saluent. les gens sont tellement souriants, tout naturellement, et cela nous allege. meme si nous avons ete superbement accueillis en Russie, nous devons admettre que ce peuple peut montrer un abord froid, peu souriant, mefiant.

au detour d’une montee, arrivant en sens inverse, nous croisons Jack & Marco, 2 Allemands a velo tout comme nous. sympathique rencontre avec des collegues qui font a contre-sens le meme trajet que nous, jusque Irkoutsk seulement car leur temps est compte. nous restons sur le bord de la route pour partager quelques infos sur l’itineraire, quelques points techniques et quelques anecdotes. 

nous croisons egalement des camions souvent surcharges transportant les yourtes et les familles. nous nous sentons proches de leur mode de vie, nomades parmi les nomades …

ce passage en Mongolie, nous a veritablement fait basculer en Asie. nous nous sentons grises de poursuivre notre route au plus profond de ce continent. a l’origine destination finale, Pekin ne devient plus qu’une etape de ce fabuleux voyage.

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