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Plus de 6000 km au compteur … Dans quelques jours, deja une annee de voyage … Tellement de bonheur …

Nous venons a peine d’enfourcher nos montures, de dire au revoir a notre hote, il est passe midi quand, en pleine montee, DoM entend un homme nous courir apres. Premiere reaction, comme ca nous arrive plusieurs fois par jour, on ne peut pas repondre a toutes les personnes qui nous accostent, ou “encore un adepte de la vodka dont on ne va pas comprendre les douces paroles” … Mais l’homme persevere, nous poursuit en courant et nous parle en anglais: Kim, suedois et Phil, anglais, traversent la Russie a velo. Les premiers etrangers que nous recontrons et qui voyagent comme nous … Allez, au point ou nous en sommes la montee au col peut bien attendre …

Les deux comperes n’en sont pas a leur premier periple a velo. D’abord entre les gouttes de pluie, puis autour d’un the pour nous rechauffer, nous partageons nos experiences a travers cette incroyable contree. Nos motivations se rejoignent: attester de nos propres yeux qu’il existe une Russie autre que celle qui est decrite par nos media. Par contre, nos facons de la parcourir et nos ojectifs different. Kim & Phil peuvent parcourir 170 km en une journee. Quand on leur demande leur itineraire, ils disent qu’il vont vers l’est, ne connaissent pas la geographie du pays, et en rougissent. Ils restent sur les gros axes, le nez dans le guidon, ne penetrent pas a l’interieur du pays. Ils font des rencontres eclairs sur le bord de la route et considerent comme une interview les questions que les gens leur posent. En plusieurs semaines dans le pays, ils n’ont jamais experimente le banya, l’incontournable sauna traditionnel russe, et n’ont jamais bu un verre de vodka avec un Russe.

Nos amis restent humbles de leur prouesse physique. C’est une belle rencontre;

nous tentons mutuellement de nous mettre a la place de l’autre. On accepte leur facon de voyager, chacun sa route, chacun son chemin; toutefois, on trouve dommage que, dans un pays aussi accueillant, ils n’aillent pas a la decouverte de la culture. Bonne route a vous les amis !!!

Nous realisons une bonne fois pour toutes, qu’avec la contrainte de temps liee a notre visa russe (il se termine fin aout), nous n’aurons pas le temps de parcourir a velo toute la distance que nous voulions. Nous esperons pouvoir obtenir une extension de quelques mois et aller jusque Vladivostok, mais quoiqu’il en soit nous devons combiner avec quelques trajets en train. Petite frustration malgre tout, mais notre maniere de voyager demande du temps. Le temps de contempler, de rencontrer, d’humer, de decouvrir, de jouir, de profiter, de prendre notre temps … Nous faisons beaucoup de rencontres et nous aimons honorer nos hotes jusqu’au bout, ce serait rompre l’echange que d’ecourter ce temps a passer ensemle. Pas question de passer a cote d’une rencontre sous pretexte des km a parcourir, nous en serions a rendre ces km comme l’objectif de notre aventure.

Voila, Nicolas Bouvier a raison “On croit qu’on va faire un voyage, mais bientot c’est le voyage qui vous fait, ou vous defait.” Nous ne lutterons pas, ce n’est pas necessaire, nous somme tres heureux de notre parcours, nous nous sentons en plein accord avec nos envies, nos desirs, nos visions. Ce voyage est inepuisable de richesses et de tresors.

Nous avons traverse l’Oural, la frontiere geographique naturelle entre les continents europeen et asiatique: nous sommes en Asie, aux portes de la Siberie … Nous continuons a nous emerveiller de ce pays. Plus nous progressons vers l’est, plus l’accueil est incroyable et tellement simple. Nous recevons des invitations surprises a tout moment de la journee, les gens poussent leurs murs pour caser dans leur ‘2 pieces’ tout notre equipement encombrant, y compris les velos (il n’y a souvent pas de cave), et font tout ce qui est en leur pouvoir pour nous mettre dans un cocon (parfois un peu trop mais ca fait partie du jeu).

Dans ces dernieres regions que nous avons traversees, nous avons constate un beau brassage culturel: les religions se diversifient, les nationalismes s’expriment, les visages s’arrondissent, les yeux se brident, les cheveux foncent. Une belle richesse culturelle … Les villageois sont ravis de notre curiosite quant a leur mode de vie. Le pays investit beaucoup dans les villes, les villages sont delaisses, meurent petit a petit, inexorablement, et nos hotes sont surpris et ravis que nous, les occidentaux, nous portions cet interet a leur vie chiche, modeste, simple, que nous soyons arrives chez eux par ces pistes cabossees qu’ils pensent impraticables pour nous. Ils nous le rendent bien … Beaucoup d’entre eux n’auront jamais la chance de pouvoir venir chez nous et ils nous considerent comme des fenetres sur l’Europe; nous sommes devenus des messagers … D’autant plus que notre Russe s’est bien ameliore, enfin ca doit ressembler a un truc carrement bizarre mais nous nous faisons comprendre et c’est bien la l’essentiel.

Notre vie de nomade nous procure une immense liberte. Quel plaisir intense de pouvoir nous arreter ou nous voulons, et d’y installer notre nid pour quelques heures. La nature russe se prete parfaitement a ce mode de vie: la propriete privee existe a peine, pas de risque d’envahir le territoire de quelqu’un, l’espace est immense, riche en petits coins sympas quand on parvient a eviter le train a grand vacarme (ici aussi ils ont le TGV), les grenouilles qui concertent toute la nuit et les hordes de moustiques sauvages ;c)) Une nature sauvage et tellement variee a travers laquelle nous ne ressentons pas de lassitude de transhumer a vitesse humaine.

Yves, tu nous avais dis que nous recevrions des cadeaux … Ils sont nombreux … Non contents de deja nous offrir une si genereuse hospitalite, nos hotes nous gatent un peu plus avec de l’artisanat local, un talisman du Coran, 2 kg de pommes de terre (c’est lourd hein DoM ?), un pot de miel bashkir et parfois meme quelques roubles pour nous aider a aller plus loin. On nous offre l’hospitalite, le the mais aussi tout simplement de l’aide a trouver le puits pour y prendre notre reserve d’eau, en nous escortant a travers la ville ou en reparant un odometre casse. C’est de cette generosite humaine que nos coeurs se gonflent chaque jour.

Arsene est musicien. Nous sommes en train de pique-niquer dans un petit village quand il s’approche de nous et nous propose de jouer de l’accordeon et de chanter pour nous. Quelques mamans attirees par le son festif nous rejoignent et se mettent a danser. Un inoubliable moment de joie …

Nous sommes dans une cantine, il fait trop froid pour pique-niquer, et c’est Alexandre qui vient nous tenir compagnie. Sauf qu’il est tellement saoul que nous ne parvenons pas a comprendre ce qu’il nous raconte. Mais il s’accroche et parle et parle; certainement un grand philosophe … Nous avons maitrise l’art de nous montrer interesses a son discours, que faire d’autre …

A Yermounchino, un village bashkir au-dela duquel la route s’arrete, Rim est invalide mais s’occupe meticuleusement de ses ruches. En nous faisant gouter son miel succulent qui degouline encore des alveoles, il nous confie qu’il ne regrette en rien l’epoque sovietique (meme si le systeme actuel n’est pas la panacee) ou il avait peut-etre une meilleure securite d’emploi, ou la vie etait moins chere, ou il avait de l’argent mais rien a acheter et surtout aucune liberte. En general, dans les villages, les gens regrettent cette epoque; nous apprecions sa lucidite.

Il y a eu aussi Teddy, ou Bouba, ou Winnie, un ours quoi. Nous descendions a pieds (on a lache les velos durant 3 jours, quelques vacances au bord d’un superbe lac) d’un petit sommet et il est apparu furtivement. Une boule de poils bruns, une grosse masse pataude mais qui se deplace avec leste a travers la foret. On a reussi a le suivre encore un peu des yeux mais c’etait trop court. Quel moment de bonheur et d’emotions.

Il pleut. A Cim, nous cherchons un cafe pour dejeuner au sec. Un homme nous accoste et nous invite chez lui, comme ca spontanement. Aviel a a peine 30 ans, est Pope et vit dans une isba qu’il retape depuis 3 ans pour y accueillir son eglise. Il vient d’une petite ville du Tatarstan, a un jour ouvert la carte et au pif a pointe cet endroit, celui ou il allait fonder son eglise. Une rencontre un peu insolite, dans ce monde un peu austere de l’eglise orthodoxe russe. Il nous emmene en balade et nous nous retrouvons bien autour de notre amour de la nature. Le soir c’est banya et DoM aura l’immense honneur d’etre masse par des mains religieuses …

A Chelyabinsk, ou nous sommes arrives mardi soir, c’est chez Piotr que nous squattons. Il a appris 10 minutes avant notre arrivee, par l’intermediaire de son ami Roman (que nous avons rencontre sur Internet), qu’il allait accueillir 2 Francais qui voyagent a velo. Tout est en place sauf qu’il n’a pas d’eau chaude en ce moment car la ville repare les canalisations. Qu’a cela ne tienne, il se demenera toute la soiree pour que nous puissions prendre une douche chaude, au detriment de manger a temps et de faire souffrir nos estomacs creuses par les 83 km de la journee. A l’heure du repas, il nous ouvre son frigo rempli de pommes, d’oranges et de pamplemousses, les ingredients de son regime alimetaire !!!

A vous tous que nous avons rencontres sur notre route, nous ne pourrons jamais assez vous dedier notre reconnaissance.

Demain soir nous prendrons le train en direction de Krasnoyarsk, a plus de 2000 km d’ici, 2000 km de steppe monotone, infestee de moustiques, ca ira nous ne regretterons pas trop … 35 heures de voyage, on aura experimente une bribe du Transsiberien … On stresse un peu car nous ne sommes autorises qu’a 50 kg chacun et un volume dont l’addition des 3 mesures ne depasse pas 180 cm; nous avons en tout 167 kg et un volume qui explose les contraintes imposees. Faudra simuler notre naivete de touristes qui ne comprennent pas grand chose au systeme et faire un grand sourire un peu benet a la mama responsable de notre wagon pour faire passer la pilule. Ca promet … Et apres ca sera le lac Baikal en ligne de mire …

Bel ete a vous tous.

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