C’est la derniere page d’un livre enchante que nous venons de tourner … Celui de la fabuleuse aventure de 28 enfants et ados, belges et russes, qui se sont rencontres durant 10 jours a Nerekhta, au coeur de la Russie europeenne. Leurs points communs : l’amour du chant et la fervente envie de rencontrer l’autre.

Les p’tits Belges font partie du choeur bruxellois Enfantfare, dirige par notre ami Baptiste, et chantent un repertoire polyphonique des 4 coins du monde. Les ‘camarades’ russes sont plus eclectiques : aux cotes d’un noyau feminin venant de Kostroma et appartenant a un choeur scolaire de 50 personnes, se sont rattaches 5 petits electrons issus d’horizons divers.

Nous avons beaucoup mise sur la premiere journee du sejour, cle de la rencontre. Tout a commence par une visite du centre d’accueil suivie d’une balade jusqu’au parc Lenine de Nerekhta, le tout en aveugle : les enfants etaient associes en paires belgo-russes, l’un d’eux avec les yeux bandes.

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L’aveugle doit se laisser mener et son guide lui fait decouvrir l’espace sensoriellement : caresser un chien, toucher les dernieres traces de neige, monter en haut du toboggan et le descendre, suivre la voix de son guide, … Petit a petit la confiance s’etablit et c’est la rencontre qui commence …

Durant la balade, EnfantFare a mene un groupe ‘d’aveugles’ au seul son d’un chant lituanien de leur repertoire. Ce chant a seduit les Russes qui se sont empresses de l’apprendre ; c’est un peu devenu le chant phare du sejour. 

A titre de presentation et d’introduction au travail que propose Baptiste, EnfantFare donne un petit concert intime pour les participants au camp mais aussi pour le personnel du centre d’accueil. Mieux que des mots, cette belle energie, cet enthousiasme, ces harmonies chaleureuses, ont permis de presenter le travail de Baptiste ; tout le monde a accroche. C’est une explosion de joie qui jaillit du public. Nous voyons les cuisinieres rejouies, la menagere (d’habitude un peu eteinte) avec le sourire et les gardes (plutot bourrus) revigores.

Les cours de Baptiste ont fait l’unanimite.

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Il avait charge ses bagages de quelques chants francophones dont un tresor de Jaques Brel. Les methodes d’apprentissage de Baptiste rendent le chant accessible a toute personne interessee, motivee, prete a se laisser remuer interieurement par les emotions qui se revelent. Car les harmonies nous font vibrer interieurement et c’est l’expression de l’humain, de l’etre qui pour lui importe plus que la qualite academique parfaite. C’est aussi un travail d’ecoute tres sensible et une mise en corps des rythmes et des melodies.

Alexandre Drujinin a ete l’homologue russe de Baptiste. Il dirige un ensemble folklorique talentueux ; nous avons eu la chance inouie d’assister a un petit concert prive. Il a propose de nous apprendre quelques chants traditionnels russes et nous a transmis quelques bribes de l’esprit du chant traditionnel de son pays, de sa region. Plus chaotique dans sa pedagogie et ne donnant pas toujours la place a la traduction, il a eu plus de mal a capter l’attention et l’interet des enfants belges. Malgre les difficultes, son coeur s’est laisse envahir par le charme de l’experience. Nous sommes restes ebahis par l’homme russe qui, quittant son pied d’estale de professeur, se met a genoux par terre avec les enfants pour les aider a dechiffrer les textes des chants en cyrillique.

Daria, notre amie de Kostroma, a ete une interprete incroyable durant tout le sejour. Ayant vecu durant 3 annees en France, son francais est d’une qualite telle qu’elle a pu saisir toutes les subtilites des moments du camp et transmettre les expressions de chacun. Elle a ete un soutien indispensable dans l’organisation et un pilier de la reussite du projet. Nous savions que nous ne trompions pas en l’invitant.

C’est une prise de conscience tres forte qui a eu lieu chez les filles de Kostroma. Elles font partie du choeur de leur ecole et nous ont temoigne que c’est tres stricte et discipline. Elles n’ont pas le droit de bouger, ni de sourire ; leurs figures se transforment en mecanique a chanter … C’est tres beau mais malheureusement nous trouvons que ca manque de vie. Elles aiment chanter mais c’est une experience exclusivement scolaire et obligatoire qu’elles vivent. De jour en jour nous voyons la transformation s’operer et de tres belles personnes s’epanouir. Leur ouverture est toute benefique pour la rencontre avec les autres Russes et EnfantFare.

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Aliona exprimera a la fin du sejour que des maintenant chanter ne sera plus une obligation pour elle. Annia nous dira que ce sejour lui fait tout a fait revoir sa philosophie du chant.

Les Belges n’ont pas ete timides tres longtemps et ont vite saisi que la langue pouvait ne pas etre un obstacle a la communication en utilisant tous les autres moyens : mimes, dessins, body language, … La premiere impression a ete la difference de look entre les filles russes et belges. Des 15, 16 ans, nos amies paraissent deja comme des petites madames, se maquillent, portent des talons. La seance du brushing matinal nous amuse …

Un des plus beaux moments du sejour a ete la soiree cabaret. A nouveau organises en paires belgo-russes, la consigne etait de s’echanger ses habits, d’incorporer des mimiques, des demarches, des attitudes de l’autre et en duo de mettre en scene un des chants appris. C’est un peu une revelation ; le mimetisme est impressionnant. Genia qui se cachait derriere sa meche de cheveux toute la semaine et qui s’est mise dans la peau d’Amelie, est transformee et rayonnante. Elfee s’est vetue de la robe de concert ultra-classique d’Annia et nous a fait un show incroyable. Etc … Une superbe soiree ! 

Avec DoM, nous nous sommes offert l’immense plaisir de suivre les seances de travail avec les enfants et d’ainsi faire partie de l’ensemble Chokotoff, nouveau choeur belgo-franco-russe (ben vi, ‘y avait quelques frantsous quand meme !!!). Pour DoM, c’etait la realisation d’un reve de chanter dans un groupe et de monter sur scene. Pour moi c’etait reprendre le chant que j’avais malheureusement du arreter a cause de mon eloignement de la Belgique.

C’est un programme bien riche que nous avions concocte pour le sejour et Baptiste n’hesitera pas a nous demander quand est-ce qu’il y aura un petit trou libre ;c)) Outre les cours de chant, les enfants ont peint des matriochkas, ces fameuses poupees russes, ont fait un peu d’escalade et de velo, et participe a des parties endiablees de basket et de baby-foot. Nous sommes alles a la rencontre de l’ecole de musique de Nerekhta et du college de musique de Kostroma. A Kostroma, nous avons aussi visite le musee du lin et du bouleau. Les enfants ont goute au plaisir du banya, le sauna traditionnel russe, un moment de calme et de relaxation.

Afin de presenter le travail qui a ete realise durant le sejour, nous avons donne un concert a Nerekhta, dans LA salle de la ville, s’il-vous-plait, au Palais de la Culture, et un petit public d’environ 200 personnes est venu nous applaudir.

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Samedi, c’etait le retour a Moscou mais avant le grand depart, un petit concert y etait prevu. L’energie etait beaucoup plus faible mais surtout le public n’etait pas du tout receptif ; soit ca fait partie du jeu … Dimanche, tour de Moscou a la Japonaise et balade eclaire sur la Place Rouge en cloture du sejour.

La semaine a ete intense, en activites, en rencontres, en emotions. Les au-revoirs ont ete dechirants et c’est une Volga de larmes qui a coule au moment de la separation … Que ces graines qui ont germe en chacun de nous puissent grandir et offrir tout leur potentiel de vie et d’amour. 

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