L’hiver ne nous a pas empeches de faire quelques escapades … La situation de Nerekhta offre l’avantage de pouvoir facilement voyager; une bonne heure de train et nous sommes a Kostroma. Nous y sommes alles quelques fois, invites par notre amie Daria pour visiter la ville, a la demande de Tania pour donner quelques conferences dans les universites, ou encore avec Sergei pour assiter a des concerts ou a des repetitions, a la recherche d’un professeur pour le camp musical que nous organisons.

Kostroma se trouve sur « l’anneau d’or » qui relie les sites historiques autour de Moscou. Ce que nous preferons dans la ville, ce sont les isbas traditionnelles qui resistent a l’envahissement des tours en beton. Malheureusement, la ville ne donne que trop peu de moyens pour les mettre en etat et leur donner une 2e vie ; c’est plus rentable de raser et de construire des cages a lapins … Snif, nous les aimons beaucoup ces maisons de bois, aux encadrements de fenetres sculptes et peints, et que l’age fait pencher a la limite de l’ecroulement.    

dom-seul-sur-volga-gelee.JPG

Avec ses 3690 km de long, la Volga est le plus long fleuve d’Europe. Une masse d’eau impressionnante (a Kostroma sa largeur atteint 800 metres) qui gele l’hiver sur une large portion de son cour, la couche de glace atteignant une bonne epaisseur, dependamment de la rudesse de l’hiver. Ce phenomene a ete pour nous l’occasion d’une grande premiere : marcher sur une riviere gelee !!!Nos premiers pas etaient timides, on n’y croyait pas vraiment ; la glace est-elle assez epaisse … Va-t-elle tenir … Tres vite on arrive a mi-distance entre les 2 berges. En regardant l’horizon on se croit sur la banquise … On observe les gens traverser le fleuve pour se rendre d’une berge a l’autre ; en dehors de cette saison ils doivent faire un large detour pour rejoindre le pont le plus proche. Il y a egalement beaucoup de pecheurs qui font un trou dans la glace et passent des heures sur l’etendue gelee a ferrer les poissons avec des mini cannes a peche. 

Meme si nous avons evite de passer a velo a Moscou, nous tenions beaucoup a y aller. Vitrine de
la Russie, ville dynamique et bouillonante, mais aussi ville de contrastes, Moscou a ete une decouverte interessante. D’un style plus massif qu’a St Petersbourg, l’architecture y est toutefois interessante, marquee par les imposantes tours staliniennes. Les arteres de la ville sont larges, les quartiers sont parsemes de nombreux parcs. Le metro est impressionnant ; prendre les escalators donne la sensation d’une descente dans les antres de la terre. Les stations sont souvent decorees d’un style gothique, avec des marbres, des dorures, des lustres gigantesques. Peu adapte a l’afflux croissant de passagers, de reels embouteillages humains ont lieu quotidiennement aux heures de pointe.

A Moscou nous ressentons fortement le contraste des generations pre- et post-sovietiques. Pour les jeunes, Moscou offre un horizon florissant, avec de larges ouvertures vers le monde. Que ce soit au niveau de la mode ou des technologies, ils ont acces a tout ce qu’il y a de plus recent. La generation de leurs parents est celle qui a vecu et endure les crises du changement ; tous n’ont pas encore compris en quoi la revolution leur a apporte du bien. Et enfin, rien ne nous fend plus le coeur que de voir ces babouchkas installees dans la rue des l’aube, quel que soit le temps. Depuis la forte devaluation du rouble en 1998, leurs pensions ne valent plus grand chose, apres tant d’annees de travail et de restrictions … La vie a Moscou leur etant inabordable, elles tentent de gagner quelques roubles en vendant les carottes de leur jardin, des chaussettes qu’elles ont tricotees, des conserves de legumes. Malheureusement cet effort n’ameliorera que tres peu leur quotidien …

La ville est en plein boum economique et sa societe est une eponge pour tous les produits de consommation distribues par les grandes enseignes occidentales. Les magasins abondent et ne desemplissent pas, souvent 7 jours sur 7 et certains meme 24 sur 24 ; les gros moyens sont mis en place pour encourager la consommation. Le marche de l’emploi est en pleine croissance, a tel point qu’il est tres facile de changer de job d’un jour a l’autre ; mais cette liberte a un prix : les licenciements sont egalement tres faciles … Cette croissance a une forte repercussion sur les prix ; la vie y est assez chere, meme pour les biens de consommation courante. Un loyer de 1000 euros par mois est un loyer normal.

Moscou est la ville qui compte le plus de milliardaires au monde. La richesse et l’opulence se font sentir dans de nombreux endroits, derriere les vitrines, dans les parkings ou attendent les grosses voitures avec chauffeur, dans les supermarches reserves a une certaine elite ou les produits courants de chez nous se vendent comme des produits de luxe, … Quand nous sommes a Moscou, nous nous sentons tres loin de ce que nous avons vecu sur la route, dans les campagnes ou les villes de province. Le fosse est difficile a decrire tant il est enorme … La richesse de la ville ne profite pas a l’entierete du pays et nous trouvons dommage que les potentiels des regions ne soient pas mis en valeur ou stimules. 

Nous sommes alles rencontrer le club de cyclotourisme qui nous a permis d’avoir notre visa russe pour une annee et avons donne une petite conference a quelques membres du club ; un auditoire avise et tres interesse bien sur … Valere, membre du club, nous a offert son hospitalite durant quelques jours. Il a 70 ans et travaille toujours comme interprete. Rencontre interessante d’un homme qui a voyage et dont le mode de vie et les visions sont eloignees des personnes de sa generation que nous avons rencontrees. Chaque matin, quel que soit le temps, il part en petit jogging au parc proche de chez lui. Il y retrouve ses amis du club des morses, ces Russes qui se baignent dans un trou creuse au milieu de la glace. Il nous y invite et DoM tente l’experience : c’est froid mais ca va vite, pas question de baignade, c’est juste une trempette … C’est samedi et nous sommes convies a un pique-nique sous la neige pour feter l’anniversaire du president du club : pirochkis (petits pains fourres au chou), vodka et chants sont au menu.

Dix minutes apres la diffusion sur NTV d’un reportage sur notre histoire (voir l’article « Notre experience mediatique »), nous recevons un coup de telephone d’un homme parlant francais. Il est marie avec une Russe et vit en Russie depuis plusieurs annees. Lena et Andre vivent a Plos, petite ville touristique lovee au creux des collines qui bordent la Volga, a 70 km de Kostroma. Ils ont renove une vieille isba (maison traditionnelle en bois) et proposent des chambres d’hotes. Ils sont ravis de savoir que des « compatriotes » vivent tout pres de chez eux et nous invitent a nous rencontrer au plus tot. 

pause-pour-la-journaliste-2.JPG

Aussitot dit, aussitot fait, nous nous rendons a Plos le weekend qui suit leur appel. Leur accueil a ete charmant. Leur cadre de vie est splendide, le jardin surplombant une vue sur la ville, la foret et
la Volga. L’histoire de cette famille est peu commune. Pour chacun il s’agit de leur 2e mariage et ensemble ils ont eu un fils, Daniel. Quand ils sont revenus en Russie, souhaitant habiter dans « un trou », loin de la capitale etouffante, ils achetent une isba brinquebalante qu’ils amenagent sommairement. Ils font la rencontre de Natacha, leur voisine, et de ses 2 enfants  qui vivent une histoire sordide : mari alcoolique, depensant tout l’argent dans l’alcool, elle fait des km pour realiser des menus travaux sous-remuneres, le fils est oblige de voler pour manger, … . Apres le suicide du pere, ils ont aide cette famille a sortir de leur enfer en les soutenant dans la creation d’un petit commerce. Ils ont aussi participe financierement aux etudes des enfants. Aujourd’hui, Natacha est autonome ; elle fait partie de la famille. Ses enfants sont installes. Depuis, Lena et Andre ont adopte 2 autres enfants russes …

Ils nous avaient prepare un programme special. Leur amie Olga, directrice du musee du peintre Levitan, nous a guides a travers la ville et a specialement ouvert le musee pour nous. « Amoureuse » de Levitan, elle nous a communique sa passion. Olga parle bien francais ; elle est tres touchante et c’est une rencontre de coeur que nous avons eue. La ville est belle et agreable. Nous nous sommes promenes dans les ruelles bordees d’isbas. Elle nous explique que Plos a ete prise d’assaut par les ambitions immobilieres d’un oligarche (en Russie ce terme designe ceux qui se sont rapidement enrichis dans les annees ’90 et qui sont aujourd’hui millionnaires) qui achete progressivement toutes les maisons et les renove, les transformant en espaces de luxe. Petit a petit la ville se transforme en paradis reserve a une certaine classe … Une journaliste d’Ivanovo, amie de la famille, est egalement venue passer du temps avec nous. Elle tenait a nous rencontrer et a ecire un article sur nous, sous la bienveillance de Lena qui s’assure que les infos que nous donnons seront proprement retranscrites.

Lena et Andre ont egalement invite quelques membres d’un club touristique d’Ivanovo. Deux d’entre eux ont realise a velo un parcours similaire au notre, d’Ivanovo jusqu’en Australie. Ces 2 larrons de voyage ont egalement voyage durant 5 ans a travers le monde avec une cariole tiree par des chevaux. Nous sommes rassures de rencontrer des Russes ayant la meme philosophie de voyage que la notre. Nous ne parlons pas la meme langue mais avec eux la communication devient tres simple, tant nous nous comprenons sur nos motivations et nos projets.

Nous sommes aussi retournes a Yaroslav, rendre une petite visite a notre amie Ira. Le samedi nous avons visite un musee que nous n’avions pas visite lors de notre visite : collection de privees de fers a repasser, de vieux disques vinyls, de grammophones, de cloches, … Dimanche, nous partons a l’aventure a la decouverte de Mishkin, petit village sur le bord de la Volga, celebre pour ses nombreux musees, dont celui de la souris (mish veut dire souris en russe ;-)) Ce n’est pas tres loin de Yaroslav, environ 70 km, mais il nous faut prendre 2 bus pour y arriver et 3h30 de route. Ce n’est pas tout d’y arriver, il faut ensuite en sortir. Il n’y a pas de pont a ce niveau pour traverser la Volga ; il faut alors se rendre en bus a 1 heure de route, et attendre 3 heures le train qui traverse le fleuve et nous amene a Rybinsk. Nous y avons ete accueillis par les parents d’Ira et le lendemain matin a 4 heures, nous avons pris le train vers Nerekhta. Heureusement que la visite en vallait le deplacement !!! 

Publicités