Le printemps est arrive !!! Depuis 10 jours, le temps est au grand beau, frais juste ce qu’il faut pour nous rappeler de ne pas nous precipiter sur nos maillots de bain ;-)) Le weekend du 17 fevrier, c’etait la fete de Maslenitsa celebrant la fin de l’hiver. Une fete dans le parc de Nerekhta ou ils mettent le feu a un grand epouvantail, un petit concert de chants folkloriques, des echoppes servant des shashliks (brochettes) et un mat de cocagne que des hommes s’acharnent a vaincre pour gagner … un sac en plastique avec une saucisse et une bouteille de biere !!!

Depuis le debut de ce mois, les temperatures sont remontees et on voit la couche blanche s’amenuir, disparaitre et surtout se transformer en belle slotch a la quebequoise, pape a la belge ou gadoue a la francaise (que tout le monde s’y retrouve !). Des mares plus ou moins grandes jonchent les routes et les chemins et c’est un peu galere quand il n’y a aucun systeme d’evacuation prevu … On apprecie nos chaussures etanches !!!

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Afin de nous occuper durant l’hiver, nous avons souhaite fonctionner sur le principe de l’echange : un logement durant 5 mois contre un soutien a l’organisation des camps de vacances et la participation a la vie de la communaute de la ville.

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A Nerekhta, nous avons mene 5 groupes de discussion en anglais et en francais dans 3 ecoles, avec pour seul objectif de delier les langues, d’estomper les timidites a parler une langue etrangere et de leur donner une motivation a poursuivre leur apprentissage. Passer du temps avec ces jeunes nous a permis de constater combien leur univers de vie a Nerekhta est etroit. Nous voulions saisir leurs reves, leurs desirs, leurs interets, mais lancer de telles dicussions ne menait malheureusement pas bien loin. Parfois nous nous demandions meme si nous n’etions pas marsiens a leur poser de telles questions … Notre position n’etait pas simple a gerer. Ne voulant pas intervenir comme des profs (que nous ne sommes pas), nous voulions les laisser libres de choisir les themes de discussion. Mais cette liberte amenait au plus grand silence … Paradoxalement, c’est avec les moins hardis en anglais que nous avons pu aller le plus loin dans la rencontre ; les jeunes de ce groupe nous ont invites a patiner, a decouvrir la ville et a regarder des films.

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Nous sommes egalement alles a Kostroma presenter notre voyage dans 2 universites. Comme de nombreuses fois ou nous nous sommes adonnes au jeu des questions/reponses, nous sommes un peu decus que les seules questions qui ressortent soient « Quelle est votre musique preferee ? », « Dominique, comment trouves-tu les filles russes ? » … Mais cette fois, alors que nous n’avions pas prevu de les rencontrer, une prof de francais nous demande d’intervenir a son cours et la, deux etudiantes, parlant un excellent anglais, nous ont pose des questions plus reflechies sur notre vision de la vie et du voyage, sur la reaction de nos parents face a nos choix, … Ca a fuse durant une bonne heure, leur passion nous a touches et revigores. 

Sortis de la torpeur hivernale, les beaux jours sont la (pourvu que ca dure, on croise les doigts) et timidement nous nous debarrassons de nos grosses couches. Nous commencons doucement a ne plus tenir en place. C’est l’appel du velo qui retentit … C’est decide, nous partirons le 14 avril !!! Pourquoi si tard ? Parce que du 29 mars au 8 avril va avoir lieu un evenement qui nous tient a coeur et dont l’idee a jailli au reveil, un matin de decembre…

Nous sommes parvenus a embrigader notre ami Baptiste et ses ch’tiots d’EnfantFare (EnfantFare c’est un choeur bruxellois de 16 enfants qui chantent a capella et a plusieurs voix un repertoire des 4 coins du monde) dans une aventure qui promet …. Ce beau projet rassemblera, pendant 10 jours, a Nerekhta 13 enfants belges et 17 enfants russes autour des chants polyphoniques et traditionnels francophones et russes. Le chant, pretexte a la rencontre interculturelle ; le chant, moyen de communication, d’echange et declencheur de l’elan des enfants les uns vers les autres.Bienque l’engouement de nos amis belges pour cette idee ait ete immediat, nous avons senti que la destination russe suscitait quelques peurs. Quelques temoignages des vecus de notre voyage dans le pays ont permis d’apaiser et de rassurer les enfants et les parents.

Logistiquement, tout est en place. L’association (qui est notre hote a Nerekhta) a une infrastructure parfaite pour heberger de tels projets puisque leur activite principale consiste a organiser des camps de vacances pour les jeunes. Oleg, fondateur de l’association, a accueilli l’idee avec beaucoup d’enthousiasme. Ayant lui-meme vecu et voyage a l’etranger, il est attache aux rencontres interculturelles et s’anime a organiser des projets incitant les enfants a apprivoiser une langue etrangere.  Mettre sur pieds ce camp musical a ete pour nous l’occasion de nous lier d’amitie avec Sergei, le directeur de l’ecole de musique de Nerekhta. Il a ete une aide precieuse pour l’organisation du programme musical du projet, l’idee etant de faire intervenir un professeur russe, parallelement au travail propose par Baptiste. A la recherche de la perle rare, nous sommes alles a des concerts et avons assiste a des repetitions. Sergei nous a ouvert les portes du monde musical de la region de Kostroma.Au cours de nos nombreuses rencontres avec Sergei, nous avons realise que le projet de rencontre belgo-russe sera l’occasion de confronter des conceptions d’apprentissage du chant quelque peu differentes. Pour Sergei, la musique c’est du serieux, c’est stricte et professionnel. Il nous aiguille a trouver le meilleur prof, oubliant que le projet doit rester un moment de detente et de plaisir. Nous avons rencontre Alexei qui dirige un coeur de 34 personnes : splendide et parfait, mais un peu austere … Nous l’avons egalement vu a l’oeuvre avec une chorale d’enfants : il reste distant, transmet ses techniques, et s’en va. Nous avons assiste a quelques prestations du choeur de filles de Nerekhta : c’est beau, c’est carre mais ou sont les vies de ces enfants ? Les regards sont concentres, on ne ressent pas d’emotions … Pourquoi ces enfants sont-ils la ? Ont-elles choisi de chanter ?

Nous partageons nos sentiments avec Sergei et il nous confiera plus tard que si le travail n’est pas parfait, on ne peut envisager une representation en public. Prudemment, nous orientons notre recherche de professeur vers d’autres pistes, expliquant a Sergei que le but du projet n’est pas de former un choeur professionnel mais bien d’experimenter une rencontre a travers le chant et que tout cela doit aussi etre fun.

Communiquer avec Sergei est une experience en soi. Sergei parle anglais avec les souvenirs qui lui restent d’il y a 30 ans, quand il etait sur les bancs de l’ecole et nous parlons le russe que nous avons acquis sur le tas, mettant les mots les uns a la suite des autres, sans connaissance d’une once de grammaire. Travailler sur le projet avec lui a donc ete un bel exercice de style et le moment de nombreux fous rires quand, a des heures tardives nous utilisions nos derniers souffles d’energie a tenter de nous comprendre.

Ces quelques peripeties annoncent une experience interculturelle prometteuse. Depuis, nous pensons avoir trouve la perle. Alexandre dirige un ensemble folklorique qui a voyage en France a plusieurs reprises. Nous les avons vus en concert ; leurs voix sonnent comme on le voulait … Le message des enfants belges a ete bien clair : ils veulent rencontrer des enfants russes. A alors commence notre 2e quete, celle de trouver des enfants interesses et motives par le projet. Nous nous sommes mis pour point d’honneur que la rencontre inteculturelle puisse profiter a des enfants qui ont moins d’occasions de beneficier de telles experiences, etant donne leur localisation geographique. Cette intention a ete l’objet de quelques frottements avec Oleg. Pour lui, les enfants de Nerekhta sont pauvres, pas uniquement dans le sens materiel du terme, mais dans le sens ou, comme nous l’avons constate, leur horizon est exigu. Il est pret a sponsoriser des enfants mais il ne veut pas que l’experience soit juste un loisir ; il desire que l’enfant puisse integrer ce qu’il acquiert dans un projet plus global, qu’il puisse en faire quelque chose dans sa vie. C’est justement parce que l’horizon est peu ouvert sur le monde dans cette partie de la Russie, que nous croyons que ce projet peut eveiller des aspirations etouffees. Afin de garder notre autonomie quant au choix des enfants, nous avons tente d’obtenir un soutien financier de la part des ambassades belge et francaise. En vain … Nous les avons rencontres, le projet leur a plu, ils nous ont accorde beaucoup de temps, mais ont prefere nous conseiller de nous adresser a des entreprises francaises ou belges implantees dans la region.

Nous ne nous sommes pas resignes, et avons obtenu d’Oleg la parole que « l’argent n’est pas un probleme » et que chaque enfant pourra participer en fonction de ses moyens. Avec ce feu vert nous avons poursuivi nos recherches. De fil en aiguille, nous avons rencontre le directeur d’une ecole de Kostroma qui a un choeur de 60 enfants. Le choeur est alle en France quelques fois a l’occasion de festivals. Le directeur s’enthousiasme pour le projet et soutient la participation de 10 enfants au projet. Plus 7 autres enfants d’horizons varies, ce sont 17 enfants russes qui participeront au projet. Jour J-1, nous partons cette nuit a Moscou en train pour aller chercher nos amis a l’aeroport. C’est une semaine intense et chargee en emotions qui se profile. Nous leur avons prepare un programme du tonnerre : rencontres de choeurs, visite du College de Musique de Kostroma, concerts varies, moments de detente et visites touristiques, … La rencontre se concluera le 6 avril par un premier concert dans LA salle de concert de la ville de Nerekhta et le 7 avril par un concert a Moscou. Avec l’arrivee du printemps et la realisation du camp musical, c’est un regain d’energie qui nous anime, tel la seve qui rejaillit dans les arbres. Nous avons eu un hiver plutot pepere ; nos activites dans les ecoles et dans les camps nous ont laisse beaucoup de temps libre pour lire, ecouter de la musique, ecrire et jouer a Carcassonne et au Backgammon. Du temps aussi pour laisser nos esprits flaner et nous surprendre a dessiner des projets d’avenir inspires par les decouvertes au cours de nos peregrinations …

Nous avons aussi passe beaucoup de temps avec nos amis Sergei, Daria, Ira et Natalia, approfondissant nos connaissances des uns et des autres. Les Russes sont des gens attachants, dont la comprehension de l’histoire est enrichissante. Il est bientot temps pour nous de poursuivre notre chemin de rencontres dans d’autres villages, d’autres campagnes, d’autres contrees grouillantes d’humanite.

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