Ouf ! Enfin elle est la … Celle que nous attendons depuis plusieurs semaines, celle dont on parlait tant, celle qui parait-il atteint ici des couches de plus de 2 metres de haut, … Notre amie la neige a enfin decide de montrer le bout du nez !  Elle avait deja fait une timide apparition au courant du mois de novembre mais le grand dieu qui regit le climat en a decide autrement et a notre grand desespoir a tout fait fondre :0(( A ce jour et selon les statistiques locales, il devrait faire –20 degres … On finit par croire que l’hiver siberien n’etait qu’une vaste blague ! Ou plutot nous poursuivons notre triste constat de l’etat ecologique de notre chere planete.

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Donc depuis quelques jours la neige a pose son blanc manteau sur Nerekhta, notre station d’hivernage. Situee entre Yaroslavl et Kostroma, a 300 km au nord est de Moscou, cette petite ville est le lieu ou nous avons mis nos velos au chaud et ou nous coulons des jours paisibles. Ne comptant pas du tout faire les cow-boys a braver les intemperies hivernales sur nos montures d’aluminium, nous avions envie de trouver un endroit chaleureux ou nous pourrions etre loges en echange d’aide, de compagnie ou de participation a la vie de l’ecole du village. Notre escale a l’orphelinat et leur accueil chaleureux nous avait mis la puce a l’oreille. Le dynamisme ambiant nous disait que nous y serions bien occupes avec une perspective plus rejouissante que d’eplucher tous les jours des pommes-de-terre avec une babouchka. Nous avons propose notre offre a la directrice de l’orphelinat qui nous a mis en contact avec une association qui organise pour l’essentiel des camps de vacances pour les jeunes. Le pacte est simple: ils nous logent en echange d’un coup de main pendant leurs camps et d’une participation active a la vie de la communaute. Cool ! Qu’esperer de mieux ? Notre constellation d’etoiles continue de briller …

Nous etions ravis de la proposition mais tirailles tout de meme a l’idee de nous arreter si tot (a peine debut novembre). Nous avons accepte, rejouis de pouvoir developper ici notre propre projet. L’idee est simple et tres utile: organiser dans les ecoles des groupes de discussion pour permettre aux ados de pratiquer l’anglais ou le francais qu’ils appprennent sans jamais avoir l’occasion de parler (alors a quoi bon apprendre ?). Tout le monde, eleves et professeurs, s’est vivement  enthousiasme mais les choses ont pris du temps pour se mettre en place. Cela doit etre un peu culturel car nous avons experimente la meme lenteur a d’autres occasions … Finalement nous sommes parvenus a constituer 3 groupes, au total une 30aine d’ados. Les niveaux sont en moyenne assez bas … Pas simple de tenir de grandes discussions et encore moins de lancer des debats !!! Heureusement les paroles des chansons des Black Eyed Peas (un groupe a la mode chez les ados) nous sont d’un grand secours ;-)) ces seances sont aussi pour nous l’occasion d’etre en contact avec la jeunesse russe, charniere importante dans cette periode de transition que vit le pays.

Au mois de novembre, nous avons passivement assiste au camp de vacances organise par nos hotes (ca fait partie du deal). Il nous suffisait d’etre presents et de parler aux enfants en francais ou en anglais. Ca va nous ne risquons pas le burnout !!! L’infrastructure qui nous accueille est super, un beau batiment en bois, neuf avec tout le confort que nous avions perdu l’habitude d’avoir: machine a laver, internet rapide, cuisine super equipee, un garage bien chaud pour nos velos, sauna, … Nous n’y vivons pas car l’organisation nous prete un appart, rien que pour nous. Cet endroit est un peu devenu notre QG et nous pouvons en utiliser toutes les facilites; nous sommes donc bien gates ! Parfois nous nous sentons un peu genes de recevoir autant de confort (notre appart a 3 chambres !!!) alors que les gens autour de nous qui travaillent durement n’en ont pas autant … Quelques reactions de jalousie peuvent se faire sentir…  Nous comprenons bien l’attitude farouche et parfois distante des habitants de ces endroits isoles. La plupart n’ont jamais ete tres loin, ni a l’etranger ni meme dans leur propre pays qui offre pourtant de larges horizons de voyage. La peur de l’etranger qui date encore de l’ere sovietique reste presente et prendra quelques generations pour diparaitre. Alors tous ne savent pas comment aborder deux frantsouskis bien hardis d’avoir debarque chez eux a velo …

Cette pause nous permet egalement d’approfondir certains liens d’amitie. C’est sur qu’avec l’arrivee tardive de l’hiver nous aurions pu encore parcourir bien des kilometres mais nous realisons combien les rencontres que nous avons faites et que nous faisons sont importantes dans notre voyage. Cette pause est aussi l’occasion de contacts avec quelques journalistes de Moscou ou de la region qui nous permettent de nous faire connaitre et de transmettre notre message au-dela des routes que nous suivons. Nous profitons egalement de ces moments pour preparer un diaporama et une petite conference que nous presenterons ici a Nerekhta mais aussi ailleurs en fonction des rencontres. 

Pour le reste, nous nous sentons immerges dans la vie russe et tentons de nous fondre tant qu’on peut dans les couleurs locales. Notre appartement est loge dans un de ces fameux blocs de beton qui gachent souvent les paysages. Mais ici, vivre dans un immeuble est presque le comble du confort par comparaison avec la vie dans une maison traditionnelle en bois qui n’a ni eau courante (les puits fonctionnent beaucoup), ni chauffage central (les maisons sont chauffees au bois), ni salle de bains, et ou les gens restreignent l’espace de vie a 2 pieces (la cuisine et la salle de sejour/chambre) pour concentrer la chaleur. Nous nous regalons des recettes russes que nous reproduisons apres les avoir testees chez nos differents hotes. Notre must reste le Borsch, une recette ukrainienne en fait, soupe de betterave, un regal !

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Maintenant que la neige a recouvert les detritus qui jonchent le sol, et que la grisaille a fait place aux chutes de neige, la petite ville a repris une plus belle allure. Elle n’est pas tres belle mais quelques quartiers aves de vieilles maisons en bois sont plus pittoresques. Beaucoup d’endroits ne sont pas entretenus, de superbes batiments datant de l’epoque de Lenine sont malheureusement laisses a l’abandon. La plupart des routes et des trottoirs sont en terre et recouverts de boue quand il pleut, les routes sont en mauvais etat, criblees de nids de poule. Il semble que le regime sovietique ait mis en place de nombreux systemes d’entretien qui sont devenus aujourd’hui obsoletes. Habituee a etre prise en charge, la population ne cherche pas reprendre quelques services en main comme l’entretien des jardins communs, le ramassage des dechets sur les pelouses, … La vie communautaire a ete remplacee par l’hyper individualisme. Dans les rues, les gens engonces dans leurs longs manteaux sombres et enfouis sous leur chapka, montrent des visages fermes. Ils nous observent, nous disons bonjour, mais nous ne recevons en reponse qu’un regard fuyant. Nous avons heureusement la chance d’avoir pu casser la glace avec plusieurs personnes qui nous montrent alors le cote chaleureux du peuple russe.       

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